|
Madame de Sévigné : 25 ans de correspondance… l'emprise des mots ? La correspondance de Madame de Sévigné, un modèle de lettres d’amour écrites à sa fille, Madame de Grignan ; des lettres intemporelles quant à la place qu’une mère donne ou peut donner, au regard de sa propre histoire à sa fille… Des lettres d’emprise. Madame de Sévigné ou, comment une mère vivant la séparation comme un abandon abolit l’absence par les mots et, avec un art consommé de l’écriture, cherche à se réapproprier sa fille. L’inflation et la dramatisation des sentiments, le caractère hyperbolique des éloges, la représentation de la force de l’amour, l’expression incantatoire de la souffrance, sont au service d’une séduction d’un rare raffinement : Madame de Grignan, sans cesse redéfinie et reconstruite par sa mère, prisonnière de l’image idéalisée qui lui est renvoyée, ne peut échapper à la passion maternelle. Une fille n’est pas impunément l’idole de sa mère ! Extraits : - Paris, vendredi 6 février 1671 -
« Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre ; je ne l’entreprendrai pas aussi. J’ai beau chercher ma fille, je ne la trouve plus et tous les pas qu’elle fait l’éloigne de moi. Je m’en allais donc à Sainte-Marie, toujours pleurant et toujours mourant. Il me semblait qu’on m’arrachait le cœur et l’âme, et en effet, quelle rude séparation ! » - Paris, lundi 23 mars 1671 -
« Je vous embrasse, ma chère bonne. Si vous pouvez, aimez-moi toujours, puisque c’est la seule chose que je souhaite en ce monde pour la tranquillité de mon âme. Je souhaite bien d’autres choses pour vous. Enfin tout tourne, ou sur vous, ou de vous, ou pour vous, ou par vous. » - Paris, mercredi 6 mai 1671 -
« … Regrettons un temps où je vous voyais tous les jours, vous qui êtes le charme de ma vie et de mes yeux ; où je vous entendais, vous dont l’esprit touche mon goût plus que tout ce qui m’a jamais plu. »
|