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Les autres volets de la vie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

La cessation d’activité, la retraite, la distance mise par les enfants adultes à leur tour parents, le deuil de ses propres parents et de ses amis, la solitude caractérisent souvent le tournant de la vie, à partir de la cinquantaine et entraînent des souffrances psychologiques que viennent aggraver les défaillances du corps vieillissant.

De plus, dans notre société actuelle, les problèmes que peuvent poser des parents très âgés à ce moment de l’existence, contribuent à rendre plus douloureuse et incompréhensible la crise qui survient dans la deuxième moitié de la vie. C’est pourquoi une aide psychologique est souvent nécessaire pour éclairer cette situation et retrouver un plaisir à vivre.

Comment se manifeste cette crise de la deuxième moitié de la vie ?

Le vieillissement d’un être humain entraîne des changements à l’intérieur de soi : maladies, accidents, baisse des capacités physiques et psychiques (mémoire) et autour de soi : ruptures avec la vie d’avant, perte des activités professionnelles, deuil des êtres chers, limitation du rôle social.
 

Cette prise de conscience que ce qui a été ne sera jamais plus provoque souvent des réactions de grande susceptibilité, d’irritabilité croissante, d’intolérance à la moindre frustration. Des réactions défensives peuvent se mettre en place : soit une activité excessive comme pour nier que la baisse des capacités n’existe pas, soit un repli sur soi, solution narcissique qui tente momentanément d’éviter le rappel du déclin, de la perte, des frustrations, mais qui diminue encore les possibilités relationnelles déjà réduites et tourne la pensée vers le passé révolu.l'autre volet de la vie

Ces réactions défensives sont  vouées à l’échec car elles ne correspondent plus à la réalité interne et externe du sujet. Une crise dépressive peut alors s’installer, face à cette découverte de se sentir diminué, moins brillant, en perte de vitesse. Cette dépression naît des différentes pertes que subit le Moi :

- Les pertes des fonctionnements physiques et psychiques harmonieux et gratifiants, le déclin de la puissance sexuelle et de la séduction, la dysharmonie relationnelle, la perte du rêve de puissance de l’adulte qui a été infligent au Moi des blessures redoutables.

- Les pertes d’objet intensifient la crise dépressive. Ainsi faire le deuil d’un conjoint, d’une compagne, après des décennies de vie commune, exige une grande dépense d’énergie de la part du Moi, cet objet perdu étant fortement investi, quelle que soit l’histoire du couple ; le disparu peut aussi avoir été vu comme un complément narcissique de l’endeuillé, ce qui augmente la difficulté à se détacher d’un tel objet.

- Toutes ces pertes entraînent l’être humain à ce moment de la vie vers une prise de conscience de sa propre mort ; elles se cristallisent dans la vision cruelle de la perte envisagée de Soi.

Ainsi, sous le coup de la dépression, le Moi affaibli laisse davantage triompher la pulsion de mort que la pulsion de vie; il se rigidifie, s’oppose au changement, trouve refuge dans le conformisme, le connu, la répétition.

Dans une telle situation de crise, une psychothérapie peut aider à comprendre ce qui se passe, à mieux accepter la réalité et, en s’orientant vers des mécanismes réparateurs, à relancer un plaisir à fonctionner, propre à cette période de la vie.

Mieux accepter les conditions du vieillissement comme une réalité humaine, envisager une nouvelle position de soi moins flatteuse mais qui permet de se détacher des investissements antérieurs, devenus trop coûteux physiquement et psychiquement, mobiliser les capacités demeurées bien vivantes afin de les orienter vers des actions nouvelles, tout ce cheminement patient et apaisant peut, avec l’aide d’une psychothérapie, permettre de dépasser la crise dépressive.

Découvrir en soi des mécanismes réparateurs qui redonnent un rôle dans la société, qui pansent les blessures narcissiques et refortifient le Moi représente une recherche souvent plus fructueuse avec un psychothérapeute. Ainsi peut-on évoquer les pistes souvent inexplorées auparavant, parce qu’on n’avait pas le temps, des réalisations et créations utiles aux autres, qui recréent une vie relationnelle et éloignent des pulsions destructrices, ou bien les créations intellectuelles et artistiques, sublimations qui réorientent le Moi vers la pulsion de vie. Ces orientations d’action, plus en accord avec la situation réelle, valorisent narcissiquement et évitent la relance du complexe de castration.

La visée du travail psychique est alors de retrouver le désir et le plaisir de fonctionner, en exploitant d’abord ce qui peut être réinvesti des capacités antérieures mais également en se découvrant capable de pouvoir vivre, penser, agir autrement que par le passé.

La psychothérapie envisagée en pareil cas s’éloigne de la cure-type ; elle sera en face à face (voire en côte à côte). Elle s’apparente, dans un premier temps, à une thérapie d’accompagnement. Puisque l’entretien vise à adoucir les souffrances du moment, à protéger le fonctionnement actuel, le psychothérapeute fera preuve d’une compréhension bienveillante, acceptant de ne pas toucher aux conflits. Son ambition thérapeutique se portera sur le présent. Rapidement la mise en ordre des pensées apporte un réel apaisement. Ensuite, le travail psychique peut s’orienter, comme nous l’avons vu, vers la recherche des mécanismes réparateurs et du plaisir à fonctionner différemment.

Si le patient le souhaite, le passage à un travail psychique où les interprétations génétiques et structurales prennent le devant de la scène est toujours possible.

S’il s’agit d’un patient très âgé ou très détérioré, le thérapeute peut rester dans un travail de stimulation qui recherche ce qui demeure de vivant et de désirant dans l’activité mentale. Dans ce cas la neutralité secourable et l’intervention affective caractérisent son action, compte tenu que le savoir affectif persiste plus longtemps que le savoir intellectuel et que les affects circulent mieux que les concepts. La relance positive de l’affect permet ainsi de maintenir une relation avec l’autre, en la personne du thérapeute, et de conserver une valeur organisatrice à la pensée. Dans le grand âge, une psychothérapie aide l’appareil psychique jusqu’au bout de son activité. 

 
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