valeur qui le poussera à élargir toujours plus son champ relationnel et à s’adapter au monde extérieur. Ces premiers échanges gratifiants installent en lui-même le fondement de sa propre confiance en lui, à travers le discours que sa mère lui tient sur la valeur de joie et de plaisir qu'il représente à ses yeux. Cette confiance tient également à l'équilibre psychique de cette mère, à son propre sentiment de sécurité, au bonheur qu'elle reçoit d'un homme (le père) et qu'elle lui donne, qui va permettre à l’enfant de vivre le mieux possible les remaniements psychiques de la première année, où se situent par ailleurs les racines des émois dépressifs et l'origine des sentiments de perte et de culpabilité. Par ailleurs, il est nécessaire que le bébé puisse éprouver suffisamment de sécurité dans les désirs dévorant qui sont les siens, c'est-à-dire que son besoin de « profiter» de la mère soit accepté et comblé par celle-ci, de telle sorte que ses désirs agressifs de toute puissance, d'avidité et d'envie ne soient pas décuplés par les carences d'écoute et de compréhension de la mère. Cette « avidité - envie - agressivité », demeurée trop vive sous l'effet d'insatisfaction aiguës et trop nombreuses se manifeste en effet, dans la vie de l'adulte, dans des désirs de « s'accaparer » l'autre tels que, mettant en péril l'organisation psychique du sujet, celui-ci peut se défendre de son agressivité par une réaction contraire d’inhibition et de manque total de confiance en soi. On perçoit donc que cette confiance se construit initialement sur l'apport d'amour et de tolérance d'une mère suffisamment harmonieuse pour que l'enfant puisse supporter les débordements de ses propres désirs, sans frayeur, mère qui entend, comprend ceux-ci et les restitue au bébé à l'occasion de satisfactions suffisantes et dans une relation où les premiers interdits sont assimilables parce qu'adaptés à ses propres besoins. Mais quels que soient par ailleurs l'amour et l'intelligence maternels, l'enfant ne pourra éviter de se trouver confronté à la triangulation, c'est-à-dire à la souffrance (jalousie) vécue à l'occasion de l’introduction d'un tiers dans cette relation d'amour primitive. La venue d'un frère, d'une sœur, voire de plusieurs va successivement le plonger dans une jalousie et un douloureux sentiment de trahison qu'il ne pourra tolérer qu'en trouvant un compromis vivable. Mais si la certitude lui demeure d'être moins aimé que le rival, cette blessure d'amour peut engendrer un manque confiance en lui-même, tel que toute circonstance, se rapprochant plus ou moins de la trahison initiale et de ses répétitions dans l'enfance, risque d'engendrer chez l'adulte une souffrance et une agressivité transformées sur le champ en peur de soi-même et en peur de l'autre. Ce manque de confiance en soi va se répercuter dans la vie sociale et toute rencontre est susceptible d'être vécue comme une rivalité fraternelle, cette relation entraînant alors le déroulement intérieur (inconscient) du scénario initial qui vient aliéner l'adulte et le confronter à une histoire passée-dépassée qui n'est plus, mais qui le hante et déforme complètement son rapport au monde. Quel que soit, par ailleurs, le moment où l'on situe la rivalité de l'enfant avec son pére (rivalité oedipienne) - c'est-à-dire dans le début de la vie et ou entre 3 et 5 ans selon la théorie freudienne - celui-ci va venir très tôt confronter l'enfant à son impuissance dans tous les sens du terme. Ce père qui aime, satisfait sa mère et lui fait des bébés est bientôt ressenti comme dangereux pour l'histoire amoureuse que le petit connaît avec celle-ci. Cet enfant - qui par ailleurs peut avoir d'excellentes relations avec son père et donc l'aimer profondément - va vivre très difficilement un complexe de désirs aimants et hostiles dont la non-résolution risque d'entacher toutes ses conduites adultes. En effet, à cause du déséquilibre entre sa non-maturation physiologique et son désir de prendre la place du père, le petit est dans l’impossibilité de satisfaire sa mère. Ainsi l'homme qui se croit inférieur, incapable de soutenir la moindre compétition, qui a peur de l'échec et qui effectivement échoue (dans son travail, dans ses amours et·sa sexualité) se trouvent souvent confronté, a travers les situations qu'il aborde, à la résurgence de cette rivalité avec le père, lequel ne cesse dans ses fantasmes inconscients de le menacer de punition (castration), [à moins que ce ne soit sa propre mère qui lui interdise inconsciemment de réussir et d'aimer d'autres femmes qu’elle-même]. Nous voyons donc que sont grandes les difficultés que l'enfant aborde dans sa petite enfance et que celles-ci pèsent de tout leur poids sur le développement de l'adulte, sur la confiance qu'il peut avoir en lui-même et dans la vie. Pour certains, la résolution de ces problèmes ne pourra se faire que par un traitement psychique, car il ne sert souvent à rien de se débattre seul et de pouvoir penser résoudre ce manque de confiance par des projets d’actes volontaristes qui en réalité ne sont jamais tenus. |