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Un matin plus sombre que les autres, si peu différents, pourtant, de ceux que vous venez de traverser, vous vous découvrez incapable des efforts habituels : vous êtes dans l’impuissance de vous lever, dans l’impuissance de vous laver, dans l’impuissance de vous alimenter. Ce matin là, vos jambes ne vous soutiennent plus ; votre corps est comme empêché d’agir ; vous le sentez vidé de toutes ses forces ; le mouvement le plus infime est pesant, l’action la plus menue inenvisageable tant est annihilante votre lassitude.
Que vous reste-t-il, pensez-vous, non sans culpabilité, sinon la chaise où vous asseoir, sinon le lit où vous réfugier et peut-être vous réchauffer ; votre corps, en effet, est comme immobilisé et le froid semble s’en être emparé. Pendant des heures, vous restez allongé, abattu, sans pensée, sans rêverie ; le temps lui-même vous apparaît comme figé ; vous attendez vaguement un sommeil dont vous savez qu’il ne viendra pas ; la nuit, en effet, vous ne dormez pas ou mal ; le sommeil ne vient qu’au petit matin ; il est votre seul refuge. Dans ces moments d’épuisement et de repli, vous ne pouvez envisager le monde extérieur ; il vous apparaît morne et tout désir s’est absenté de vous ; vous vous sentez vide, dépossédé de vous-même ; vous l’êtes aussi de tout intérêt, de vos plaisirs anciens, de vos espoirs. Vous êtes seul, isolé, voire abandonné même si, par ailleurs, vous êtes entouré ; étranger à vous-même, les autres sont aussi étrangers ; aucune parole ne peut vous réconforter ; pourtant, obscurément, de manière indicible, vous vous sentez, parfois, dans l’attente d’une présence, d’une parole ; mais quelle présence ? quelle parole ? d’ailleurs n’éprouvez-vous pas vous-même une difficulté à formuler votre pensée, voire à parler tout simplement. Vous vous culpabilisez ; vous n’êtes plus que plaintes, répétition de plaintes et le sentiment de votre nullité vous envahit. Qu’avez-vous fait pour en arriver là ? à ce moment de vie inanimée, immobile, arrêtée, comme morte. D’ailleurs, vous pensez à la mort, à la vôtre et parfois aussi à celle d’un être cher survenue il y a longtemps ou récemment ; vous pensez aussi peut-être, à une séparation amoureuse traumatisante vécue comme une disparition ; vous êtes inconsolable. Tels sont les éprouvés parmi les plus paralysants de l’état dépressif. Une psychothérapie analytique peut permettre une compréhension de vos symptômes ; elle peut vous permettre aussi de découvrir « d’autres possibles ».
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